Peut-on se tirer les cartes à soi-même ?

La question revient souvent chez les personnes qui s’intéressent au Tarot : est-il possible de se tirer les cartes à soi-même ?

En vérité, cette interrogation en cache une autre, bien plus essentielle : avons-nous la maturité intérieure nécessaire pour le faire ?

Car la véritable question n’est pas tant de savoir si l’on peut, mais si l’on a développé certaines qualités requises pour cette pratique.

La sagesse : fondement de toute pratique du Tarot

Avant même de parler de techniques ou de méthodes, il est crucial de comprendre ce qu’est la sagesse, un mot souvent galvaudé.

La sagesse n’est pas une accumulation de connaissances, ni même l’expérience accumulée au fil des ans. C’est un état de conscience particulier qui combine plusieurs qualités essentielles.

1 – Le détachement bienveillant

Ce détachement est au cœur de la sagesse. Il s’agit de cette capacité à observer sans s’identifier complétement à nos désirs, nos peurs, nos attachements. Ce n’est pas de l’indifférence froide, mais une présence lucide qui regarde la réalité telle qu’elle est. Le sage peut ressentir de fortes émotions sans se laisser submerger par ces mêmes émotions ; ce qui lui permet de garder un espace d’observation clair, dénué de toute influence personnelle.

2 – L’humilité intellectuelle

L’humilité en est le complément naturel. Elle consiste à reconnaître les limites de notre compréhension, d’accepter que nous puissions nous tromper, que nos certitudes soient des illusions. Le sage sait qu’il ne sait pas tout et reste ouvert à ce qui pourrait contredire ses croyances.

3 – L’acceptation du réel

Cette acceptation constitue la troisième dimension de la sagesse. Il s’agit de cette capacité à accueillir ce qui est avéré, même lorsque cela ébranle nos espoirs ou contredit notre confort. Le sage regarde les vérités dérangeantes en face sans se réfugier dans le déni ou la fuite.

4 – L’équanimité

Il s’agit de cette stabilité intérieure qui permet de rester centré face aux tempêtes émotionnelles. L’équanimité n’est pas l’absence d’émotions, mais la capacité à garder un centre tranquille, apaisé, au milieu du chaos. D’ailleurs, observez la sérénité du personnage de l’arcane LA FORCE lorsqu’il maîtrise en douceur la sauvagerie de l’animal à ses pieds.

Sans ces quatre qualités, le Tarot devient un jeu de projections où l’on ne perçoit que ce que l’on veut voir, où l’on entend que ce qui nous arrange. Et cela est valable pour tous les tirages : pour soi-même comme pour autrui. Évidemment, tirer les cartes pour soi-même augmente considérablement la difficulté de l’exercice.

D’ailleurs, observez comment le Tarot de Marseille nous invite à cultiver la sagesse avec son arcane L’HERMITE. Si cette lame incarne la vertu cardinale : Prudence, cette carte nous informe de la sagesse du personnage.

  • La robe de l’Hermite est rouge clair dans sa zone supérieure et rouge foncé – un mélange de rouge et de noir – dans sa partie inférieure. Comme pour nous indiquer que le vieil homme ne se laisse plus guider par ses bas instincts tels que la jalousie, la luxure, l’orgueil, la colère, etc.
  • Il dissimule en partie le feu de sa lampe grâce au pan de son manteau. Non pas dans le but de garder son savoir pour lui-même, mais afin de n’éblouir quiconque n’est pas prêt à recevoir une lumière trop directe. Car trop de luminosité risque d’aveugler ou de blesser celui qui se trouve dans l’obscurité. « Il n’y a que la vérité qui blesse » dit l’adage. L’Hermite fait ainsi preuve de sagesse en cherchant à nuire à personne ; même au nom de sa vérité.

Mais revenons à la question qui nous préoccupe ici : « Est-il possible de se tirer les cartes à soi-même ? »

L’auto-tirage, un exercice difficile…

Dans la pratique, force est de constater que la majorité des personnes sont incapables de se tirer les cartes efficacement. Ce phénomène est particulièrement frappant chez les médiums et les tarologues eux-mêmes : nombreux sont ceux qui perçoivent clairement pour les autres, mais se trouvent complétement aveugles dès qu’il s’agit de leur propre vie.

Ce n’est pas un défaut de compétence, mais révélateur d’un manque évident de ces quatre qualités essentielles dont nous parlions plus haut.

Lorsque notre propre vie est en jeu, nos émotions, nos espoirs, nos peurs brouillent la réception. Nous perdons cette neutralité bienveillante qui permet de voir clair pour autrui. L’ego reprend le dessus, avec son cortège de désirs et d’attachements…

Il existe toutefois des praticiens qui perçoivent pour eux-mêmes avec la même clarté que pour les autres. Cette capacité n’est pas un don supplémentaire : c’est le signe d’une sagesse développée qui leur permet de se regarder comme le ferait « un autre », avec la même équanimité. Ils ont cultivé cette distance intérieure qui fait souvent défaut au plus grand nombre.

Est-il possible de se tirer les cartes pour soi-même ?

Guidance ou voyance : une distinction essentielle

Il convient aussi de distinguer deux approches du Tarot.

  • La voyance vise à prédire des événements futurs concrets, à révéler des informations cachées.
  • La guidance utilise les cartes comme un outil de réflexion pour éclairer nos choix, comprendre nos émotions, explorer différentes perspectives.

L’auto-tirage se prête davantage à la guidance qu’à la voyance. Mais même en guidance, dénué de sagesse, l’exercice reste relativement vain. On peut se poser les bonnes questions, utiliser les bons tirages, et pourtant ne faire que tourner en rond dans ses propres illusions si l’on ne possède pas cette capacité fondamentale d’accepter de voir ce qui dérange.

Les pièges de l’auto-tirage sans sagesse

Lorsque la sagesse fait défaut, plusieurs pièges guettent celui qui se tire les cartes :

1 – Le biais de confirmation

On interprète les cartes de manière à valider ce que l’on veut déjà croire. Une même carte pourra être lue positivement ou négativement selon ce qui nous arrange. Sans l’honnêteté impitoyable que requiert la sagesse, on se ment à soi-même tout en croyant consulter un oracle.

2 – La répétition compulsive

Insatisfait d’une réponse qui déplaît, on tire à nouveau, puis encore, jusqu’à obtenir quelque chose de plus acceptable. Ce comportement révèle un manque total de cette acceptation du réel qui caractérise la sagesse. On ne cherche plus la vérité, mais le réconfort.

3 – L’auto-illusion

On se raconte de belles histoires, on se console avec des interprétations flatteuses, on évite soigneusement de regarder ce qui fait mal. Le Tarot devient alors un instrument d’aveuglement plutôt que de lucidité. Au mieux, il ne sert à rien. Au pire, il embrouille davantage celui qui est en quête de clarté.

4 – La projection

On lit dans les cartes nos propres fantasmes, nos propres scénarios, plutôt que de recevoir ce qu’elles nous montrent véritablement. Sans cette capacité de détachement, impossible de faire la différence entre ce que dictent nos désirs et le message des cartes.

La sagesse : indispensable aussi pour tirer aux autres

Il serait erroné de croire que cette exigence de sagesse ne concerne que l’auto-tirage. Combien de consultations sont polluées par les projections du praticien, son besoin inconscient de rassurer, de plaire, de valider ses propres croyances ? Combien de tarologues imposent leur vision du monde à travers leur interprétation des cartes ?

Un praticien dénué de toute sagesse peut tout autant se tromper en tirant pour autrui. Il projette ses peurs, ses jugements, ses attentes sur le consultant. Il oriente les réponses selon ce qu’il pense être « bien » ou « juste », plutôt que de laisser les cartes parler d’elles-mêmes. Il évite les vérités dérangeantes par peur de blesser ou par manque de courage.

La sagesse est donc la base de toute pratique du Tarot, qu’elle soit tournée vers soi ou vers les autres. Sans elle, on peut maîtriser toutes les techniques, connaître tous les symboles, et pourtant, passer complétement à côté de l’essence de cet art.

Peut-on développer cette sagesse ?

Il n’existe pas de recette miracle, mais plusieurs chemins peuvent y conduire.

La pratique méditative

Celle-ci aide à développer cette capacité d’observation détachée. En apprenant à regarder nos pensées et nos émotions sans nous identifier à elles, nous cultivons cet espace intérieur qui permet la clarté. Comme dans l’arcane LA LUNE, apaiser les eaux du lac, symbolisant nos émotions, permet de pouvoir observer un reflet clair et non déformé de l’astre nocturne.

L’auto-observation honnête

L’honnêteté envers soi-même est cruciale. Si besoin, tenir un journal de nos tirages, noter nos interprétations et, plus tard, confronter nos prédictions ou nos intuitions avec ce qui s’est réellement passé. Cet exercice révèle impitoyablement nos biais et nos angles morts.

Le travail sur l’ego

Ce travail est incontournable. Cela passe souvent par une forme de thérapie, de travail spirituel ou de développement personnel qui nous aide à démêler nos attachements, débusquer nos peurs, observer nos mécanismes de défense. Mais attention : désirer « tuer l’ego », c’est déjà se ruer tête baissée dans le piège de l’ego…

L’acceptation de l’inconfort

Cela doit devenir une pratique quotidienne. Apprendre à côtoyer ce qui est déplaisant, ne pas fuir immédiatement vers le réconfort ou la distraction. C’est dans l’acceptation de cet inconfort que se forge la capacité d’accueillir les vérités qui dérangent.

L’humilité face à nos erreurs

Les erreurs nous enseignent plus que tous nos succès. Chaque fois que nous nous sommes trompés, que nous avons mal interprété, que nous avons laissé nos désirs colorer notre perception, s’avère une occasion d’apprendre et de grandir spirituellement.

Alors, peut-on se tirer les cartes à soi-même ?

La réponse est : ni oui ni non de façon absolue. Cela dépend entièrement du niveau de sagesse atteint. Certaines personnes le peuvent, parce qu’elles ont développé cette capacité de se regarder avec la même neutralité bienveillante qu’elles regarderaient un autre. La plupart ne le peuvent pas, non par manque de talent ou de savoir, mais par manque de cette maturité intérieure.

L’honnêteté commande de reconnaître nos limites

Si nous nous surprenons à fuir systématiquement certaines cartes, à réinterpréter toujours dans un sens qui nous arrange, à tirer compulsivement jusqu’à obtenir la réponse souhaitée, c’est le signe que nous n’avons pas encore la sagesse nécessaire. Dans ce cas, il vaut mieux consulter un praticien qui pourra nous apporter le miroir que nous sommes incapables de nous tendre.

Mais si nous avons cultivé cette capacité d’acceptation du réel, ce détachement bienveillant, cette équanimité face aux émotions, alors oui, l’auto-tirage devient non seulement possible, mais précieux. Il devient un outil de connaissance de soi, de guidance intérieure, un dialogue avec les profondeurs de notre être.

Le Tarot, utilisé pour soi ou pour autrui, n’est qu’un miroir. Ce que nous y voyons dépend moins des cartes elles-mêmes que de la profondeur et de la clarté de notre regard. Et cette profondeur, cette clarté intérieure, c’est précisément ce que nous appelons Sagesse.

Ainsi, le Tarot ne demande jamais la perfection. Il requiert simplement de la sincérité.

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