Dialogue entre Jésus-Christ et un tarologue

Le tarologue, les mains calmes caressant son jeu usé, observe Jésus s’approcher de sa table. Il sourit.

Le Tarologue : Rabbi, asseyez-vous. Je vous attendais d’une certaine manière.

Jésus, intrigué, s’assoit : Tu m’attendais ?

Le Tarologue : Pas vous précisément. Mais quelqu’un comme vous. Le Tarot m’a appris que lorsque l’on cherche vraiment, on finit toujours par rencontrer ce qu’on doit rencontrer. Il tire une carte et la pose : Le Mat. Voyez ? Celui qui marche sans savoir où il va, mais qui va exactement où il doit aller.

Jésus, souriant : Un fou pour le monde, un sage pour le Royaume. Oui, je connais ce Chemin.

Le Tarologue : Les pharisiens disent que ma pratique du Tarot est abomination. Deutéronome, chapitre 18 : « Qu’on ne trouve chez toi personne qui pratique la divination… » Ils citent aussi ces passages terribles où les enfants portent les fautes de leurs parents sur dix générations. Une violence qui se prétend sacrée…

Jésus : Et toi, que réponds-tu à cela ?

Le Tarologue, posant une autre carte – Le Pendu : Cette image. Un homme suspendu volontairement qui offre sa perspective inversée au monde. Un sacrifice consenti, non par soumission à une loi cruelle, mais par Amour. N’est-ce pas aussi votre Chemin, rabbi ?

Jésus, le regard intense : Continue.

Le Tarologue : Le Tarot tout entier parle d’Amour. Pas l’amour sentimental, mais l’Amour comme principe. Il tire Le Soleil. Regardez : l’astre donne sa lumière à tous, au juste comme à l’injuste, sans demander si l’on est pur ou impur, né légitime ou non. Sans compter les générations. Le Soleil ne connaît pas le Deutéronome.

Jésus, ému : « Il fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons, et fait pleuvoir sur les justes et sur les injustes. » C’est exactement ce que j’enseigne.

Le Tarologue : Alors, dites-moi, rabbi : pourquoi vos Écritures qui parlent aussi d’Amour, contiennent-elles tant de violences ? Pourquoi condamner l’enfant illégitime ? Pourquoi cette fureur contre ceux qui cherchent à lire les signes ?

Jésus : Parce que la Loi a été écrite par des hommes qui avaient peur. Peur de perdre leur identité, peur de se mélanger, peur des puissances qu’ils ne contrôlaient pas. Ils ont construit des murs et ont appelé cela « sainteté ». Mais je te le dis : en vérité, aucun enfant n’est illégitime aux yeux de mon Père. Aucun !

Le Tarologue : Et la divination ? Suis-je donc vraiment maudit ?

Jésus : Dis-moi d’abord : que cherches-tu dans tes cartes ?

Le Tarologue, gravement : La vérité du Cœur humain. Le chemin vers l’Amour. Je ne prédis pas seulement l’avenir, rabbi. Je lis ce qui est déjà écrit dans l’âme de celui qui vient me voir. Je l’aide à voir ce qu’il sait déjà, mais refuse de regarder. Le Tarot est surtout un miroir.

Jésus : Alors, tu fais œuvre de sagesse. Mais attention : le miroir peut refléter la lumière ou emprisonner le regard. Tout dépend de celui qui le tient.

Le Tarologue : C’est pour cela que j’ai passé ma vie à étudier. Le débutant lit uniquement les cartes pour prédire. Le maître les lit pour prédire et surtout libérer. Il pose L’Étoile. L’espérance. La guidance intérieure. Certains l’appellent prophétie, d’autres : intuition. Vous, vous l’appelez « Esprit-Saint », non ?

Jésus, souriant largement : Tu comprends plus et mieux que bien des scribes. Mais pourquoi utiliser des images plutôt que de parler directement du Père ?

Le Tarologue : Pour la même raison que vous racontez des paraboles, rabbi. « Le grain de sénevé », « le levain », « le fils prodigue »… Des images qui parlent au Cœur avant de parler à la tête. Les symboles traversent les murs que les mots construisent.

Jésus : Sage réponse. Il observe les cartes. Mais dis-moi : tes cartes peuvent-elles conduire quelqu’un à aimer son ennemi ? À pardonner soixante-dix fois sept fois ? À donner sa tunique après qu’on a pris son manteau ?

Le Tarologue, posant La Force : Elles peuvent montrer le Chemin. Cette femme qui ouvre doucement la gueule du lion, sans violence, par la seule force de l’Amour. Mais vous avez raison : connaître le Chemin et le parcourir, ce n’est pas la même chose. Le Tarot montre la Voie. Celui ou celle qui le désire l’incarne.

Jésus : Alors, nous ne sommes pas si éloignés. Mais souviens-toi : les symboles sont des doigts qui pointent la Lune. Ne les confonds jamais avec la Lune elle-même.

Le Tarologue : Et la violence du Deutéronome ? Ces malédictions qui tombent sur des innocents ?

Jésus, avec une tristesse profonde : Je suis venu accomplir la Loi, mais aussi la transcender. Toute la Loi et les prophètes tiennent en deux commandements : « aimer Dieu et aimer son prochain ». Tout le reste : les interdits, les punitions, les exclusions, n’est que construction humaine. Mon Père ne punit pas les enfants pour les fautes de leurs parents. Mon Père ne compte pas les générations. Mon Père est comme ton Soleil : il donne à tous.

Le Tarologue, ému : Alors, je ne suis pas maudit ?

Jésus, prenant ses mains : Personne n’est maudit, à moins de fermer volontairement son cœur à l’Amour. Tu utilises tes cartes pour ouvrir les Cœurs ? Continue. Tu les utilises pour libérer plutôt qu’enchaîner ? Tu es béni. Mais rappelle-toi toujours : ce n’est pas le Tarot qui sauve, c’est l’Amour qu’il révèle.

Le Tarologue : Et si les pharisiens me condamnent ?

Jésus, se levant : Ces hypocrites me condamnent aussi. Ils appellent « Loi de Dieu » ce qui n’est que leur propre peur. Mais toi et moi, nous savons : là où se trouve l’Amour, là se trouve Dieu. Peu importe le langage qu’on utilise : paraboles ou arcanes.

Le Tarologue, se levant à son tour : Alors, sommes-nous frères ?

Jésus : Nous l’avons toujours été. Il lui touche le front. Va, et que ton Tarot soit un chemin vers la Lumière, jamais une prison. Quand tes cartes parlent d’Amour, c’est mon Père qui parle à travers elles.

Les deux hommes se prennent dans les bras. Le tarologue range ses cartes. Jésus reprend sa route, comme Le Mat, un sourire aux lèvres.

Jésus souriant àa la Lumière qu'apporte l'Esprit-Saint sous la forme d'une colombe

Nota :

J’avoue avoir un profond respect pour Jésus-Christ, car certains passages de l’Ancien Testament prônent de zigouiller son prochain pour pas grand chose, voire même condamnent des innocents. D’ailleurs, Il en était parfaitement conscient, et Lui-même innocent, le Christ fut crucifié…

Néanmoins ressuscité, le Message du Prince de la Paix demeure éternel.

6ème Commandement : « Tu ne tueras point », mais…

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